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Interview : En terre GUATE MAO

Dernière mise à jour : 5 mai 2021

Immersion en terre Guaté Mao (suite...)


Bonjour Guaté ;-)

Tu es un enfant du Sud ! Un mot sur tes racines ?

Non. Aha !

A l’école studieux, réfractaire, docile ? Aucun des trois ça nous va aussi !

Aucun des trois ;)

Tes études te servent-elles aujourd’hui ?

Concrètement dans la plupart de mon travail non, car je n’ai pas appris des techniques artistiques, notions d’équilibres, ou autres. Mais mes courtes études de communication, je pense peuvent parfois m’aider dans la compréhension de peindre dans la rue ou communiquer.

L'Art c'est quelque chose qui t’attirait ? Ton père a été peintre, portraitiste- paysagiste, t'a t-il inconsciemment influencé ?

Étant donné que je considére beaucoup de choses comme étant de l’art, oui je suis touché et attiré par des différentes formes d’art depuis tout petit. Mais si on parle de l’art plastique, cela ne m’attirait pas spécialement, j’en suis venu à faire de la peinture pour pouvoir intervenir dans la rue.

C’est à partir des premières interventions des artistes que j’ai vu, qui m’ont fait m’intéresser à l’art de rue, et de fil en aiguille je me suis intéressé plus largement à la peinture, la sculpture… plus globalement l’art plastique.

Mon père a commencé à peindre à l’aérographe dans ces jeunes années, mais ne m’ayant pas élevé je pense pas qu’il m’ait influencé, mais plus soutenu. Aujourd’hui, je m’amuse de voir la similitude des outils utilisés, (Aérographe/Bombe de peinture).

L'Art et l' envie de faire de la rue ton terrain de jeu c’est arrivé comment ?

C’est en voyant pour la première fois les interventions dans les rue de Montpellier que j’ai eu un déclic. C’est deux ans plus tard que je décidais d’aller peindre des portraits, la tête de mon frère pour commencer et rapidement les gens en bas de chez moi, les sdf que je trouvais beaux avec leur vécu gravé sur leur visage.


Tu as traîné pendant quelques années avec un groupe guatémaltèque ? Ces échanges ont-ils eu un impact sur toi en tant qu'artiste?

Oui pendant mes 5 ans passé à Montpellier, j’étais dans une communauté de latinos, majoritairement des guatémaltèques. Je ne pense pas que ces échanges ont un impact direct sur moi « en tant qu’artiste », mais en décidant d’emprunter le nom de leur pays comme pseudonyme, je me rend compte aujourd’hui que ce "nom" influence énormément la vision des gens sur ma personne et même parfois sur mon travail.

Tu t'es installé à Paris il y a 4 ans je crois..?

Ça fait trois ans maintenant, enfin je crois aussi… à peu prés.

Pourquoi Saint Denis-Basilique ?

Saint-Denis par pur hasard. Je cherchais une chambre dans une coloc, si possible pas trop cher. Et pas très loin de Paris. Je comptais surtout monter sur Paris pour aller peindre et me faire un nom. Mais cette idée m’est vite sorti de la tête lorsque j’ai découvert la ville où j’étais tombé : Saint-Denis. Je me suis très rapidement attaché à cette ville et j’ai trouvé que c’est dans cette ville que mes portraits peints dans la rue prenaient tout leur sens. C’est pour ça qu'aujourd’hui, je peins très peu sur Paris.

D'où te vient principalement ton inspiration?

Mes inspirations me viennent des gens, de l’humain, je vais avoir envie de peindre en fonction d’un visage, d’un corps, d’un humain, d’une histoire…

Comment t'es venu l'idée d’utiliser le pochoir ?

Pour moi le pochoir était la technique parfaite pour réaliser rapidement dans la rue avec une grande précision. Et c’est avec la peinture que j’ai eu envie d’intervenir.

Pour moi le collage a un côté trop éphémère, même si je le pratique aussi mais pas pour réaliser des pochoirs. Je peux passer des heures à découper tranquillement un pochoir chez moi, tandis que je mets seulement quelques minutes à le peindre une fois dans la rue.

Techniquement ou artistiquement parlant, quel est le moment que tu préfères au cours de la réalisation d'une œuvre?

Pour la photo c’est un peu différent, mais que ce soit avec le pochoir ou la sérigraphie, c’est le moment de peinture, ou du passage d'encre que je préfère. C’est à ce moment que je me rends compte du réel résultat, avant ça je ne sais jamais vraiment..

As-tu des supports publics fétiches ?

Je n’ai pas de supports fétiches.. Plus il va être original, vieilli, plus il va me plaire. Toute les villes sont différentes mais c’est vrai qu'on peut retrouver certain mobilier urbain dans plusieurs ville parfois. Moi, celles que je peux rarement m’empêcher de peindre, ce sont les boîtes à colis marron (en France) ... Ce qui est bien c’est qu'elles sont dans quasi toutes les villes, et maintenant inutiles car les facteurs ne s’en servent plus.

Comme on dirait en parlant d'un masque rituel, ton travail est « chargé ». Qu’essais-tu de faire passer comme message ?

Aujourd’hui j’ai pas réellement de message à faire passer, si ce n’est une ouverture sur les autres. Je pense que tout le monde peut nous apporter quelque chose, ou inversement, que l’on peut apporter quelque chose à tout le monde.

Tu as commencé sans préméditation et te douter de l'impact fulgurant que ton œuvre susciterait? Aujourd’hui, tu vis de ton Art. Quels sentiments cela te procure t-il ?

Honnêtement c’est top, j’aime intervenir dans la rue, aujourd’hui grâce au fait de vivre de mon art je peux passer plus de temps à travailler et faire ce que j’aime. Je pensais pas spécialement qu'en peignant dans cette ville j’allais attirer autant l’attention mais au final la ville et surtout les gens de cette ville me rendent bien plus que ce que je leur donne.

Penses-tu aujourd’hui que la rue soit un accélérateur de notoriété ?

Oui je pense que la rue est un accélérateur de notoriété car elle permet d’exposer son travail.

Mais on voit aujourd’hui beaucoup d’artistes qui utilisent la rue simplement comme une vitrine n’ayant parfois pas de sens, si ce n’est faire leur pub.

Qu'est-ce qui te plaît le plus dans le Street Art ? Le moins ?

Pour le moi le Street art, c’est les nombreuses formes d’intervention artistique dans la rue, j’aime tout autant l’intervention du peintre qui consacre sa vie à intervenir dans la rue que le message d’un papi sur un mur, ou l’habitant qui va peindre les jardinières de sa rue. J’aime le fait que la rue nous appartienne et que le gens s’y sentent libre d’y intervenir. Dans street art je vois aussi les interventions de la rue par la rue. Genre un mur tout explosé, une borne incendiée mal placée, même sans intervention artistique pour moi j’y vois le coté artistique.

Ce que j’aime le moins, ce sont les artistes qui font leur pub dans la rue, en appelant ça du street art.

Tu as fait une collab avec le graffeur STAZE. Parfois entre Street artistes et graffeurs « vieille école » c'est tendu ? Ça c'est passer comment ?

Je pense pas que ce soit tendu, c’est juste une démarche totalement différente. On intervient

dans la rue totalement différemment. Même si au début il était assez réticent, il a compris ma démarche et il a su que je comprenais la sienne, et on a réussi à peindre un pilier, qui me plaît beaucoup, aussi bien esthétiquement qu'historiquement.

Crédit Photo © copyright lanciendugaz



Au niveau associatif, tu es impliqué et très engagé auprès des jeunes de ton quartier ? Peux-tu nous parler un peu de tes projets avec eux ? Alors oui, en effet je travail avec des jeunes depuis maintenant deux ans, sur des missions à courte durée. Souvent 20 heures. La première fois que j’ai eu l’occasion de travailler avec des jeunes c’était dans un collège, et ensuite on m’a rapidement proposé de taffer avec des lycéens en décrochage scolaire sur Epinay. J’étais super flatter et content que mon « travail » de pochoiriste puisse me donner l’occasion d’aller plus loin, en ayant une force de partage et de transmission. Travailler avec ce genre de profil, la moitié des jeunes ont des histoires assez incroyables ! C’est une classe assez ouverte, ça rentre et ça sort, ça va ça vient, mais ce qui est cool c’est que quand ils sont là c’est pour bosser. Personne ne les oblige à venir. Avec la MLDS (mission de lutte contre le décrochage scolaire), je travaille avec une femme qui s’appelle Véronique, qui se donne à fond pour eux, et elle essaie de les sortir un peu du système classique en leur proposant plein de choses et ça marche. On a fait du super boulot l’année dernière et j’ai hâte de recommencer cette année.


Sinon à Saint-Denis en ce moment je travaille aussi avec une classe de 1 ere pro, à la place du cours d’art plastique, ils comprennent pas trop ce que je fais là, moi non plus à vrai dire mais bon, on a fini par faire des pochoirs des élèves en train de travailler sur leur machine, et ils ont adoré se voir en photos. Y’en a qui voulait même pas découper les photos pour pouvoir les accrocher ahah.

J’aimerais encore plus pouvoir travailler avec des jeunes d’ici même voir des très jeunes, quitte à mettre le scalpel de côté afin de pouvoir proposer quelque chose d’adapté.

Spontanément ton top 3 d’artistes (Street artistes, plasticiens.. liste non exhaustive) qui t'inspirent en ce moment !

Je suis dans le Classique mais c’est les artistes dont je regarde le plus régulièrement les travaux c’est JACE, pour moi c’est d’une simplicité dans les traits, qui est techniquement parfaite, avec des messages universels. Grand respect. Ensuite j’aime beaucoup le travail de JR et bien sûr BANSKY.


JACE (copyright Jace)

JR