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Int.|Photo story : J. Martin

Dernière mise à jour : 15 oct.

FB : Jérôme Martin


Jérôme Martin emboîte le pied

Loin de l'univers de la street et des sneakers addicts, entre lumière crue et ombres zigzagantes frôlant le bitume, ALRH vous entraîne dans ses nouvelles tribulations urbaines, à la poursuite des sublimes clichés de pieds de femmes, paparazziés par Jérôme Martin… Pour ça, il vous suffit de suivre « pas à pas » le fil délivré sans tabou par ce médecin infectiologue. Ce grand amateur de voûtes plantaires, cultive son fétichisme pour « le pied » comme un jardin babylonien, façon Nouvelle Vague. Protagoniste très actif de la réalité (pandémie Covid-19 oblige), son passe temps favori est aussi pimenté que l'habit rouge de Guerlain. Place à la pertinence des mots : juste ici et en images.


Vous travaillez dans le milieu hospitalier. En tant que quoi ? Docteur ? Infirmier ? En réanimation ? Aux urgences ? Votre ressenti par rapport à ce qu’on peut voir dans les médias etc… Votre souffrance au travail en ce moment ?

Alors oui, je suis médecin infectiologue. C'est une profession qui n'était pas très connue avant le coronavirus (rires). A chaque fois que j'en parlais, les gens prenaient un air interrogateur. Ils entendaient « infectio » donc se doutaient bien là qu'il s'agissait d'infections. Voilà, j'ai eu un gros coup de boost... Désormais, tout le monde va savoir à quoi ça correspond... à peu près. L'infectiologie, c'est une spécialité transversale. Souvent on est affecté au service de médecine interne, qui regroupe toutes les pathologies, comme le diabète et tout ce qui n'est pas

« spécialisé ». J'ai donc essentiellement un rôle de conseil, et fonctionne un peu avec tous les services. Concernant le Covid-19, je m'occupe principalement des patients dont le cas n'est pas grave, dans le sens où ce ne sont pas des patients qui vont être intubés, ventilés . Ce qui est compliqué et véhiculé par les médias, et que les gens ont du mal à comprendre aussi : tant qu'il n'y aura pas des études fiables faites sur un grand nombre de patients, on ne peut pas avoir la certitude que c'est pas le hasard qui fait qu’un traitement réussit ou pas ! Vingt personnes, c'est malheureusement bien insuffisant pour avoir une réponse ferme et définitive à un problème demeurant encore si volatile... Alors, en ce moment, chacun avec ses connaissances fait un peu à sa sauce, en se basant sur les études fiables des uns et des autres, à l'international.On est vraiment dans quelque chose de très différent par rapport à ce qu’on a connu jusqu’ici. La médecine en Europe est très protocolaire. Et là, véritablement on ne sait rien ! Alors effectivement, il y a le professeur Raoult avec la chloroquine. C'est vrai qu'il est un peu particulier dans le domaine, et pas très bien vu des instances officielles, ça peut jouer un peu.... Mais il ne faut pas se leurrer, il y a très clairement une course à la « notoriété»... Les choses se sont passées à l’identique avec le virus du sida. Il y a eu des chercheurs qui se sont battus pour dire « j'étais là en premier »... Pour ce qui est de la souffrance, ça dépend des établissements où tu te trouves. Pour ma part, je ne me sens pas trop affecté actuellement. C'est plus un état de grosse fatigue psychologique et morale, lié à l'ambiance générale.


Vous postez vos photos sous votre vrai nom et sur Facebook, donc un réseau social énorme, est-ce que vos collègues de travail sont au courant de votre passion, hobby, obsession ? Est-ce qu’il vous arrive d’échanger avec eux sur ce sujet ?

Alors là non, pas du tout ! C'est une facette de ma personne qui n'est pas publique. Je m'imagine que leur point de vue sur moi changerait du tout au tout s'ils l’apprenaient. Inutile d'aller vers ce type de risque qui entacherait la nature de nos échanges, jusqu'ici plutôt cordiaux.


Vous fonctionnez donc undercover ?

Oui, c'est exactement ça.... (rires) Je n'en parle jamais.


Le milieu hospitalier alimente bien des fantasmes, entre les blouses blanches, les masques qui cachent tout sauf le regard, la promiscuité, les vestiaires etc. Vous arrive t-il de fantasmer sur les pieds de vos collègues ?

Oui, cela peut arriver... Il est difficile de ne pas fantasmer sur certains pieds de mes collègues (rires).


Le fétichisme du pied est un univers particulier, mais avec des spécificités subtiles. Vous vous situez où sur une échelle de un à dix ? Si 1 correspond à une femme qui aime les jolies chaussures, et 10, à un homme prêt à payer pour respirer et / lécher des pieds ?

Alors, je dirais que je suis à 5 et demi. Pour être clair, je ressens ça depuis un bon moment. Mais c'est grâce à internet que je me suis rendu compte que d'autres personnes avaient eux aussi cette attraction. Je me suis également rendu compte qu'il y avait toute une gamme de fétichismes (cou, mains, bouches, sous-vêtements...) . Dans le fétichisme du pied, je me suis rendu compte qu'il y avait toute une gamme, allant du simple amateur de belles chaussures à des pratiques sexuelles bien plus hard, comme tu l'indiques avec ton échelle allant de 1 à 10. Donc moi sur cette échelle, je me positionne en mode plutôt soft. Je suis un fétichiste du pied romantique, avec ma propre vision de la féminité et de la sensualité. Alors bien sûr, dans l'absolu, si je peux toucher, caresser, embrasser, je dis pas non... Mais les pratiques hard, comme aimer se faire piétiner par des talons aiguilles, quitte à être profondément marqué dans sa chair, c'est vraiment pas mon truc !


Quand est-ce que votre intérêt pour les pieds s’est révélé à vous, et selon vous pourquoi ?

Alors évidemment, tu imagines au début, j'avais beaucoup de mal à parler de sexualité ou parler « d'attraction » comme ça, surtout quand tes souvenirs remontent à l'enfance. Comment évoquer un souvenir provenant d'une partie du corps d'un enfant ? En parlant avec certains contacts masculins sur ma page FB, des gens avec qui on peut décortiquer et parler, je me suis rendu compte que plusieurs d’entre eux avaient aussi des souvenirs remontant à l'école primaire. Ça m'a rassuré, je me suis senti moins « tordu ». J'ai donc le souvenir d'avoir été particulièrement troublé dans ma petite enfance. C'était en CE1, et il y avait de la neige dans la cour de récréation. On est rentré en classe et on a dû retirer nos chaussures car tout était trempé. Là, j'ai été un peu troublé par les pieds d'une petite copine qui avait retiré ses chaussures ! Voilà, c'est l 'un des premiers souvenirs dont je me souvienne de façon précise. Maintenant te dire d'où ça vient avec exactitude, pas la moindre idée. Les trucs de psychanalyse et tout ça, avec des explications par rapport aux pieds de la maman qui est la première chose que l'enfant voit quand il est à quatre pattes, je n'y crois pas.

Je pense que le fétichisme c'est vraiment un truc d'homme. Je ne pense pas que les femmes puissent comprendre vraiment le truc. Il y en a pas mal qui font ça pour en tirer un certain profit. Pas mal de femmes sur FB vendent leurs vieilles chaussures, ou prennent des photos de leurs pieds. Elles essaient de se faire de l'argent avec ça, en organisant aussi des séances pour se faire payer !


En tant que photographe, quand avez vous commencé ? Quand vous êtes vous acheté un appareil pour vraiment vous y mettre ? Et pourquoi plus la rue que des modèles amateurs ou pros ?

Là aussi mon souvenir est très précis. C'est arrivé dans un parc d'attractions. J'étais avec ma petite amie, et probablement mon frère... Je n'aime pas trop les attractions, donc j'attendais. Là, s’est assise à côté de moi une jeune femme. Elle portait des escarpins. Elle à croisé les jambes d'une certaine manière : ça faisait un très joli galbe du pied. J'avais mon appareil photo argentique, je me suis dit tout bas « c'est trop joli, pour ne pas en conserver une trace». La pose était si sensuelle. Je me suis mis sur le côté, et hop, discrètement j'ai shooté. Après, j'ai continué, tout simplement. Étudiant, quand je voyais un joli pied, un tatouage etc, je me payais le culot de demander si je pouvais faire des photos. J'ai donc quand même beaucoup de photos avec des femmes qui ont accepté de poser. Puis, au fur à mesure, ça a basculé vers des prises de vue comme ça, dans la rue, dans la spontanéité de l'instant. J'ai déjà presque 20 ans de précieuses archives !



Si vous avez une compagne, comment le vit-elle ?

Oui, je suis marié depuis près de 20 ans. Mon épouse est au courant mais préfère n'en rien savoir. On a décidé d'un commun accord de ne plus en parler. Mais cette « difficulté » est plus liée à un problème avec la sexualité qu'avec le fétichisme...


On a vu que vous étiez ému par la petite chronique que François Bonura a fait sur vous. Pourquoi ? Avez vous besoin de reconnaissance, et si oui, en tant que photographe, ou parce que vous vous battez pour que les fétichistes soient acceptés comme des gens « normaux » ?

J'ai pas mal de retours très positifs à partir des photos postées sur FB. Des femmes ou des hommes me disent souvent : « j'adore tes photos en noir et blanc », évidemment ça fait plaisir.Mais pour revenir à l'article de François… Déjà, me consacrer un article, j'ai trouvé ça énorme, je ne m'y attendais pas du tout (ému). Il faut savoir que pour moi, les photos c'est pas grand-chose, dans le sens où j'ai pas l'impression de faire quelque chose d'extraordinaire. Alors qu'il prenne le temps d'écrire dessus !Il y avait des compliments sur ma manière de prendre les photos, il y avait aussi une défense de mon penchant. Aimant tout comme moi cette partie du corps féminin, il a clairement pris parti. Son positionnement en plus des mots… Je ne me souviens plus exactement de la phrase, mais il a commencé par « Ne vous moquez pas de lui », et là, vraiment, cette phrase m'a énormément touché, parce que je me suis toujours senti un peu ridicule. J'ai eu le sentiment d'être compris, et ça, n'a pas de prix. Oui bien sûr, la reconnaissance c'est important. Si tu aimes toutes les parties du corps féminin, personne ne va jamais trouver ça bizarre. Par contre, si tu dis « j'aime les pieds » , tout de suite on va te trouver une maladie mentale grave. Le fait de sexualiser le pied, franchement ça ne passe TOUJOURS pas. Il y a un très bon film : Dr. Kinsey -un biopic- sur un médecin américain joué par Liam Neeson . Ce film parle la sexualité sans tabous, remettant ainsi les pendules des américains, avec toute cette façade puritaine qui en réalité n'existe pas ! C'est un film très intéressant, qui en dit long sur le chemin qu'il reste encore à parcourir. Avec le mouvement Mai 68, on a beaucoup parlé de libération sexuelle, mais là je trouve qu'on marche à reculons.Avec les mouvements comme MeToo, il y a une criminalisation de la sexualité. Je reconnais tout à fait les viols et autres violences du même ordre, comme étant des crimes. Mais sur FB, j'ai discuté avec des personnes, notamment avec des féministes pures et dures, qui m'ont souvent ressorti la phrase: "tout homme est un agresseur potentiel". Je me suis aperçu qu'il y avait un amalgame sur les hommes, ressassé comme une sorte de liturgie, et franchement ça fait peur. Pour moi l'individu prime sur le groupe. Je prends les généralités invraisemblables comme une forme d'agression. Aujourd’hui, en tant qu'homme, as-tu encore le droit d'aimer les femmes ?Les homosexuels ont bien avancé sur ce terrain là, et même si c'est encore lent, une femme peut en aimer une autre plus ouvertement. Par contre, l’hétérosexualité est en train prendre un tournant bizarroïde et graveleux.



Est-ce la première fois qu'un média parle de vous avec une approche un peu intellectuelle ?

J'avais déjà eu un premier article rédigé par un étudiant journaliste, mais pas vraiment très ciblé sur ma personnalité et ma démarche.Récemment, j'ai été contacté par une journaliste de France Culture pour l'émission « Les Pieds sur terre » … Je suis passé de l’enthousiasme à la déception, car je n'ai eu aucun retour de leur part.


Si vous trouvez une femme physiquement « pas à votre goût » mais qu'elle a de très jolis pieds, ça peu fonctionner ?

Imaginons... Je vais à un congrès, je vois une femme qui a de « très jolis » pieds, on passe la soirée où la nuit ensemble puis, je me rends compte que niveau conversation on est pas en phase. Je crois que je serais déçu. Alors (sourire), je saisirais peut-être l'occasion pour les pieds, mais la relation s’éteindrait rapidement.


Qu'est-ce qu'un joli pied pour vous ?

Je vais peut-être mal l'exprimer avec des mots. C'est un pied qui n'est pas trop gros, qui est finement sculpté. Un pied un peu boudiné, ça ne provoque pas chez moi la même chose qu'un pied qui l'est moins. Un pied «soigné », avec de jolis orteils... Pourquoi pas des ongles vernis. En regardant mes photos, on peut se faire une idée !


Vous-êtes plutôt… petites pointures ?

Non pas forcément ! Du 38, 39, 40, je trouve que ça peut faire de jolis pieds en général. Puis des pieds bien cambrés j'aime beaucoup. Je te disais tout à l'heure que les courbes d'un pied sont aussi significatives que les autres rondeurs du corps d'une femme. Ce sont ces courbes, ces rondeurs que je recherche dans le pied ... Un galbe, une inclinaison particulière.



Divines proportions, pieds de danseuses ?

Plutôt « courbes divines ». Les pieds d'une danseuse, c'est la cambrure, le fait que le pied puisse prendre des positions impossibles est sublime. Pareil pour une femme en stilettos.



Est-ce que les bottes, les cuissardes vous font fantasmer de la même manière ?

Pas du tout, si je ne vois pas le pied , c'est mort ! A l'automne et en hiver, je vois moins de pieds, mais cette période ne me rend pas malheureux pour autant, loin de là, au contraire ! C'est une période assez calme, donc elle est bienvenue, car je vais être beaucoup moins stimulé. Mais, pendant cette période, si j’aperçois une femme en jean avec des escarpins, avec juste la partie de la peau dénudée entre le bas du pantalon et le décolleté de la chaussure, ça peu effectivement me stimuler beaucoup.